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Vincent Cassarangue

 

Peux tu présenter ?

Je m’appelle Vincent Cassarangue, mais tout le monde me connait mieux sous le nom de Biloo.

Je suis né au Pays-Basque, j’ai longtemps vécu à Bordeaux, enfance et adolescence, et je réside depuis plus de 10 ans à St Leu de la Réunion, où je participe activement à la promotion et développement du skateboard : organisation et animation de compétition, et notamment la réalisation des plans du bowl de Saint-Pierre pour la Mairie de Saint-Pierre.

Quand, Comment / par qui as tu découvert le skate ?

A 10/11 ans, avec un pote qui avait une sacrée collection de skateboards ramenés des States, on faisait que ça, des dimanches après midi entier, pour s’amuser…Milieu des années 80, à cette époque là, j’avais une planche genre « -Variflex » que j’avais retaillée et décorée. Je n’avais aucune idée de ce que le skateboard était devenu, parce que pas d’informations dessus, et peut être aussi un manque d’intérêt.

Je me contentais de rouler descendre et monter les trottoirs ; c’est mieux qu’en vélo, ou en patins. Et un dimanche après midi, avec deux potes, on était parti faire un tour de Bordeaux en skate.

Je me souviens qu’il avait neigé, j’étais en 5 ème, et ce jour a changé toute ma vie… bref, on est parti à Mériadeck, à  la D.A.S.S., et là, il y avait un mec qui avait amené son gros poste avec plein de stickers dessus, et du pur son qui s’en échappait. Il portait un t-shirt mortel, avec un bas de jogging noir, et des Van’s noires. Mais surtout, il avait une toute petite planche (dite de freestyle, mais je ne connaissais pas…), et il faisait des trucs de malade !

Je n’avais jamais vu ça… c’était incroyable. On l’a regardé 5 min, et quand il a fait une pause, je suis allé lui parlé.

Je veux faire ça, je veux une planche comme ça et des fringues comme ça…, bref, je voulais tout savoir.

Ce gars là s’appelle Fabrice Le Mao, et c’est un de ceux que je dois citer et remercier très fort pour tout ce qu’il a fait.  Il m’a invité à boire un thé chez lui. C’était la caverne d’Ali baba. Des boards partout, et il m’a montré une vidéo : « Future Primitive de Powell Peralta ». Le sort était jeté depuis ce jour là, je skate.

Et puis, très vite je me suis inscris au club Union Saint-Bruno dont s’occupait Jean-Marc Lalondrelle, à qui je dois dire aussi un grand merci et un grand bravo pour tout ce qu’il a fait pour nous, pour le skate à Bordeaux, pour nous bouger… Avec lui et d’autres old-timers , on a appris à construire des rampes, mini-rampes, et banks de sauts… Et puis, la présidence de la fédération a été prise par Emmanuelle Freyssange et avec tous ces gens là de cette génération, le skate a fait un grand bon en avant, et a commencé à se structurer. De très bons souvenirs de cette période là. 

Quels étaient les premiers spots sur lesquels tu es allé?

Le premier spot, celui par qui tout est arrivé, c’est Mériadeck (la D.A.S.S), qui est vite devenu le lieu de rendez vous pour aller rider les spots du coin. Le centre André Malraux était un de mes spots fétiches ainsi que Saint-Michel.

Ta première planche, tu t’en souviens?

Je suis né dans les années 70, et j’ai dû avoir ma première planche à 6 ans. Planche rouge super étroite, et trucks aussi, et roues super larges. Cadeau de ma grand-Mère parce que j’en voulais absolument une… Ma « vraie » première planche était une Johnny Kopp town and country. Je l’avais achetée plus pour le graphisme qu’autre chose. Mais ma vraie première planche était une Vision Mark Gonzales. Je suis tombé amoureux de la planche et du style du gars aussi. Comme c’était aussi un visionnaire, du coup, j’ai suivi l’évolution du skateboard, des shapes, des boards avec ses modèles, avec de temps en temps une Natas (S.M.A.) pour changer.

Biloo - "Skate" aux éditions Glena © ?

Biloo - "Skate" aux éditions Glena © ?

L’évolution du skate

En quoi le skateur des années 90 est il différent de celui de 2012?

Tout comme le surf à ses début, le skateboard était considéré même pas comme un sport, mais comme une activité de rebelles marginaux, voir délinquants, comme les punks; il faut dire que c’était aussi un peu notre mentalité.

vincent-cassarangue © patrick-perry - En démo à l'Union Saint-Bruno

vincent-cassarangue © patrick-perry - En démo à l'Union Saint-Bruno

Aujourd’hui, avec l’explosion des sujets télé et autres jeux vidéo sur consoles, l’image du skate s’est beaucoup popularisée, bien que le sport lui, reste authentique. Hormis une question purement de technicité et de génération, je pense qu’il n’y a pas de grande différence entre les skateurs des années 90 et ceux de maintenant. L’état d’esprit reste le même, et les notions de valeur et de partage sont toujours là. En plus, comme beaucoup « d’anciens » ont su tirer leur épingles du jeu, et ont contribué à la professionnalisation du sport, que ce soit avec la création de point de vente spécialisé, création d’évènementiels, création de marque de skateboard, comme par exemple Seb Daurel et le projet Darwin.

Skate et digital

Quel est l’impact de la démocratisation du matériel photo/video numérique, Internet,  les réseaux sociaux  sur le skate et les skateurs ?

Et bien, on peut dire évidemment que l’information circule beaucoup plus vite, et que l’on gagne énormément de temps. Avec la baisse du prix du matériel, l’évolution des ordis, des logiciels de montage, de photo, et l’explosion de l’internet, on peut faire des prises de vues photo & vidéo le matin, faire le montage vidéo et traitement photo à midi, pour que dans l’après midi ça parte sur le net, et que le soir ça puisse être vu partout dans le monde via les réseaux « sociaux »…

Les spots- Les skaters.

Tes souvenirs liés à Bordeaux ?

 

vincent cassarangue malraux

vincent cassarangue malraux © ?

 

L’été, les sessions de nuit à partir de Mériadeck à une dizaine vers le centre ville, descendre de la porte Dijeaux en grindant les marches sur les côtés. Les sessions jump avec bank de saut à la D.A.S.S. Les sessions à Malraux pendant des années, et les débuts de la mini rampe à Alfred Daney: Des dimanches après midi jusqu’à la tombée de la nuit, des fois on était 10 sur chaque plateforme, ça snaker grave, mais l’ambiance était toujours bonne…

La ville de Bordeaux et le skate

Comment percevais-tu les rapports entre les institutions (la mairie) et le monde du skateboard ?

 Les rapports étaient inexistants. Temps que cela ne faisait pas trop de bruit. Quand le phénomène a pris un peu d’ampleur, et que les skateurs se sont mis à rider les bâtiments institutionnels, les institutions se sont intéressées au skateboard. Mais la mise en place a été celle d’éléments empêchant la pratique. Il a fallu attendre le milieu des années 90 avec le raz de marée « rollerblade ». Là, ils étaient dépassés, et ne comprenaient pas : c’était plus des marginaux et des punks qui étaient possédés par la roulette, mais aussi leurs fils et leurs filles… Il fallait absolument faire quelque chose, créer des parcs avec des modules. Et encore, cela s’est fait dans quasiment toutes les communes avoisinantes, sauf à Bordeaux, où il a fallu attendre longtemps encore avant qu’ils comprennent que c’était vraiment un sport et qu’ils fassent ce très beau parc sur les quais. (qui mériterait d’être restauré).

La musique et  le skate.

 Y’a t’il eu évolution dans le style de musique, le rapport à la musique ?

Évidemment que oui, et étant moi même DJ (Jungle D&B, hip-hop, dubstep) et fan de Rock des 70’s, je ne pourrai pas dire le contraire. Le skateboard et la musique sont étroitement liés. Mais si je commence sur ce sujet, il faudrait que cela fasse l’objet d’une autre interview, voir pourquoi pas un livre…

En remerciant tous les gens, frères et amis qui ont contribué au développement du skateboard…, pareil la liste serait trop longue.

 

BilooFly

 

Propos recueillis par JIM aka Jean-Marc Lalondrelle