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Morgan Fabvre: skateur aux mains d'argent

 
Portrait © David Manaud

Portrait © David Manaud

Morgan Fabvre, enfant de la région bordelaise, a su mêler sa passion du skate au savoir-faire transmis par son père pour réaliser des modules de skate, éléments fondateurs de vos skates parks préferés.

Comment as tu commencé le skate ? Avec qui ?
Quand j’avais 7 ou 8 ans mes deux grand frères commençaient a traîner avec des skateurs, notamment Jean-loup Dubourdieu, Loic Morice. On s’y est mis tous les trois, on skatait devant chez moi à Saint-Medard, et très vite c’est devenu obsessionnel. Noël et anniversaires, j’avais des boards, je m’habillais en skateur, les profs de primaire hallucinaient. On se bricolait des spots devant la maison, on essayait de faire des slides sur un poteau téléphonique en bois qui était tombé (rire), on avait une remorque que l’on accrochait à nos vélos pour déplacer les modules, on passait nos journées entières à skater dans la rue.

J’ai commencé a partager tout ça avec des potes, les jumeaux Gilles et Sylvain Naville et Chris Leperlier des voisins avec qui j’ai grandi. On était un vrai crew (rire), et on a arpenté les rues de Saint-Medard en long et en large… il n’y avait pas grand chose ! À la majorité ils ont stoppé, mais moi j’étais à fond !

 

1990 devant la maison

1990 devant la maison

 

Tu es ancien skateur pro. Peux tu nous en dire plus sur ton parcours ?
Après une dizaines d’années j’ai commencé à avoir des petits sponsors par ci par là, des shops m’aidaient et voyaient que j’étais motivé. Ça a commencé à être sérieux grâce au shop Central Park, et surtout grâce à Rodolphe Duparc qui tenait le shop. On a fait un team “le Reib Team” et il nous a trimbalé aux quatres coins de la France pour faire des contests. J’ai fait des résultats et les sponsors sérieux ont commencé à arriver, Globe, DC Shoes, Cliché, j’en ai eu pas mal… ma mère était ravie, elle n’avait plus a m’acheter quoi que ce soit.
Mon pseudo statut de “pro” je l’ai eu grâce à Carhartt, c’est la première fois qu’un sponsor me donnait de l’argent tous les mois. C’était à la fin de mon BTS et ça m’a permis de skater pleinement pendant 2 ou 3 ans, ou là, j’ai vraiment bougé partout, accompagné de mon acolyte Seb Daurel. Il connaissait la France entière, il avait un petit calpin avec les numéros et adresses de tous les skateurs français. J’ai vécu des moments inoubliables grâce à lui.
On a fait énormément de contests, j’ai gagné des coupes de France, j’arrivais à faire des résultats sur des contests européens, et j’ai surtout découvert des skateurs du monde entier.

Tu es particulièrement reconnu pour la qualité des modules que tu fabriques. Là aussi, tu peux nous préciser comment cela a commencé, tes premiers modules, tes premiers outils . Ton papa qui t’a montré comment faire ? Comment tu as progressé ? Qui a été important pour toi dans ta progression ?

Déjà il faut savoir que mes parents ont toujours approuvé ce que je faisais, pas forcement évident. Je nageais dans un milieu décalé par rapport aux autres enfants. Ils m’ont toujours épaulé. Ma mère trouvait ça génial, fascinée par le côté artistique de ce milieu, elle voyait que je m’épanouissais, et que j’assurais mes arrières avec l’école donc il n’y avait pas de soucis… enfin presque (rire). Mon père est fils de menuisier, il a hérité de machines à bois, et est lui même un excellent bricoleur. J’ai passé des heures et des heures avec lui dans le garage; lui fabriquait des meubles, moi je bricolais des tremplins !

 

Construction module

Construction module

 

Il m’a appris à me servir des outils, à bien réfléchir à ce que je faisais, à faire des plans… c’est sûrement de là que vient mon côté très cartésien. C’est d’ailleurs mon père qui nous a fabriqué le premier skatepark de la ville, il y avait une aire de street et une mini-rampe. J’avais la chance d’avoir ça dans mon jardin pendant la construction, c’était comme dans les vidéos “ricaines”, le rêve !
Après, la construction de modules a fait totalement parti de mon éducation de skateur. Dès que je voulais apprendre un trick, je construisais le module adéquat ! La rue devant chez moi devenait tous les soirs un skatepark au plus grand plaisir des voisins qui venaient s’amuser avec moi, et au plus grand désarroi de leurs parents qui ne supportaient plus le bruit (rire).

 

Construction module

Construction module

 

Plus tard, avec ma clique de potes et grâce au service des sports de Saint-Médard en Jalles, on a construit une mini-rampe dans une ancienne patinoire. Elle était trop bien… des skateurs de partout venaient pour la skater, c’est la première fois que je m’investissais dans un gros projet.
C’était trop agréable de voir des skateurs prendre du plaisir sur quelque chose que j’avais fait
de mes mains.
J’ai pris goût à ça et j’essaie de me perfectionner. J’ai créé des modules un peu spéciaux pour des évènements, pour des marques de skate aussi… et aujourd’hui je dessine des skateparks pour ce qui le veulent; pour mon pote Jean Baptiste Picot par exemple. “Made in Bordeaux”, il est maître d’oeuvre, sa société s’appelle HALL04 et il fait pousser pleins de skateparks en béton un peu partout. Je me suis penché plus sur le côté design maintenant, je fais mes plans en 3D, merci le BTS assistant technique d’ingénieur. J’essaie d’être créatif; je m’inspire de la rue.

Quelles sont les réalisations dont tu es le plus fier, et/ou sur lesquelles tu as pris le plus pris de plaisir. Tu as des photos ?
Avec Seb, Jean Loup et les jumeaux on a construit un bowl en bois au premier étage d’une entreprise “Bolo & Clyde”, c’était fou! On prenait un ascenseur pour aller skater (rire),
la construction à durée 2 mois complets. On se relayait, on dormait même sur le spot avec des casques antibruit, dans les copeaux, alors qu’a côté de toi ils jouaient du rabot électrique.
La forme était bien complexe, le lieu atypique, pas beaucoup de plafond, on a du bien se creuser la tête pour le faire. Tout le monde parlait de ce spot. C’était privé. Les sessions se faisaient au compte goutte, et à chaque fois qu’on amenait de nouveaux skateurs, ils hallucinaient sur l’originalité du lieu. Le résultat était vraiment beau et on a fait des sessions incroyables !

 

Bowl Venus Bolo & Clyde

Bowl Venus Bolo & Clyde

 

Tu t’impliques aussi beaucoup pour transmettre ta passion, puisque tu es titulaire d’un brevet d’Etat Skateboard. C’est une démarche qui est assez répandue dans les autres sports, mais qui est assez originale dans le skate. Peux tu nous expliquer pourquoi tu as fait ce choix?

Pour tout avouer, c’est ma mère qui m’a un peu poussé à passer mon BE, comme quoi ça sert d’écouter ses parents (rire). J’ai toujours eu la fibre, la patience d’expliquer à mes partenaires de session, les gestes, les positions, la façon de faire des figures mais jamais je n’aurais pensé que je pouvais en faire mon métier. Le côté technique du skate m’a toujours passionnéLe côté technique du skate m’a toujours passionné, encore dû à mon coté cartésien! Quelques fois ça me met dans des situations étranges. Je conseille un mec que je n’ai jamais vu, des fois plus fort que moi, ils se disent que je me la pète avec mes conseils, mais c’est pas ça du tout. J’ai juste envie de partager ma technique depuis toujours. C’est trop bien de voir un skateur réussir grâce à toi, il est heureux, t’es heureux !
L’enseignement du skate commence à rentrer dans les moeurs, les locaux me voient comme LE professeur de skateboard et n’hésitent pas à venir d’eux-mêmes me demander conseils.
Il y a donc un réel besoin.Partager ça avec les enfants c’est énorme et avec les “seniors” c’est encore plus fou ! J’essaie de leur faire partager l’univers du skate, de les éduquer à travers des choses diverses, comme la construction de modules par exemple.

C’est l’occasion de parler de l’association Board’O. Peux tu nous dire comment elle s’est créée, quel est son objet aujourd’hui et ses perspectives de développement ?

Cette asso a été créé par un passionné de skateboard, Laurent Rosain issu du rugby professionnel, en collaboration avec des skateurs locaux comme Léo Valls. Ils ont su s’unir, et a bordeaux ça n’a pas toujours été facile.
Elle existe depuis 2004, et a contribué à avoir le skatepark actuel au Chartrons entre autre.
J’ai intégré l’asso en 2006 pendant ma formation de Brevet d’etat, et on y a créé ensemble avec Laurent une école de skate qui accueille plus de 150 enfants à l’année maintenant.
On a eu la chance d’être aidé par le centre d’animation Argonne Saint Genes, qui nous a permis d’être a l’abri les jours de pluie. Malheureusement, le centre sera détruit en septembre pour être reconstruit à neuf, et le skate n’a pas vraiment était prévu pour la suite. Bientôt au chômage technique, à la recherche d’un endroit couvert où l’on pourrait continuer l’école, à grandir et à créer des choses …

Comment la ville accompagne-t elle le skateboard à Bordeaux?
J’ai pas vraiment l’impression que la Mairie réalise l’impact du skate à Bordeaux.
Elle a crée le skatepark en 2005 qui est une réussite certes, mais depuis la belle endormie s’est bien rendormie. Pas vraiment d’évolution. La Mairie n’est pas vraiment en phase avec l’essor qu’a le skateboard à Bordeaux. En plus, la ville a la chance d’avoir des skateurs reconnus internationalement, du savoir faire, des gens spécialistes, professionnels et motivés … J’espère que les projets comme celui-ci vont motiver les élus à nous aider! J’espère que les projets comme celui-ci vont motiver les élus à nous aider!

Selon toi, comment la ville pourrait elle accompagner plus le développement du skate à Bordeaux ?
La ville est magnifique, depuis l’arrivée du tram les zones piétonnes se sont multipliées. Elle est devenue plus propre, plus agréable à vivre. Le skate a profité de tout ça, le nombre de skateurs a triplé en 5 ans. Il faudrait donc maintenant réfléchir à cette cohabitation. Je ne pense pas que parquer les pratiquants dans un skatepark soit la solution, on le sait … ça ne marche pas !
Tout simplement parce que le skate c’est la liberté ! on a tendance a oublier que c’est avant tout un moyen de déplacement. ça serait comme obliger tous les joggeurs bordelais a courir en même temps sur un terrain… ça parait loufoque mais c’est ce que l’on vit … Où est le plaisir ?
Pourquoi pas imaginé d’adapter la rue, les places à la pratique? créer des spots disséminés dans la ville ?Pourquoi pas imaginé d’adapter la rue, les places à la pratique? Créer des spots disséminés dans la ville ? un peu à la manière de Raphael Zarka qui avait rendu skatable différents spots pour Evento. Cela permettrait de répandre la scène skate bordelaise qui se fondrait alors dans la vie de la ville.
Pour ce qui est d’un endroit couvert c’est simple, ça existe partout sauf chez nous ! Et ça me parait fondamental… Nous sommes les premiers concernés avec l’école de skate.

Pour terminer, aurais tu des photos ou vidéos de skate que tu aimes particulièrement et que tu as envie de partager?

ok des souvenirs alors …

 

ma première parution dans Ride One 1996 (© Fenetau)

ma première parution dans Ride One 1996 (© Fenetau)

 

liban beyrouth (Sugar 2004) © Kevin Metallier

liban beyrouth (Sugar 2004) © Kevin Metallier

 

Article SUD OUEST suite à la construction de la mini rampe à st Medard (J.L. Dubourdieu / Seb Daurel / Morgan Fabvre )

Article SUD OUEST suite à la construction de la mini rampe à st Medard (J.L. Dubourdieu / Seb Daurel / Morgan Fabvre )

 

Article réalisé par les étudiants de l’EFAP Bordeaux:
Margaux Guiol
Estelle Bachacou
Clarisse Desmet
Pauline Douillac
Jennifer Galap
Fanny Hamel