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Matias Elichabehere

L'alliance du skate et de la musique

 
L'équipe Minuit - © Masaki Ui

L'équipe Minuit - © Masaki Ui

 

Matias Elichabehere, skateur originaire de Bordeaux et compositeur de la bande son du film « Minuit », réalisé par Yoan Taillandier, revient avec nous sur son parcours, ses influences et ses choix qui ont dicté la musique de ce projet.

www.matiaselichabehere.net

 

Présentation

Anthony : Pour commencer, peux tu te présenter et nous raconter le contexte dans lequel tu as découvert le skate ?

Matias : Je m’appelle Matias Elichabehere, je suis né à Bordeaux, j’ai découvert le skate vers l’âge de 13 ans par l’intermédiaire de mon meilleur ami, bordelais également et qui s’est mis au skate quelques mois avant, puis qui m’a transmis le virus. Nous nous sommes mis à faire du skate ensemble dans notre quartier.

Quels étaient les premiers spots sur lesquels tu es allé?

La place de l’église Saint-Augustin au tout début, et puis on est très vite partis vers Meriadeck, à la rencontre des skaters du centre ville, que l’on avait pas forcément l’occasion de rencontrer vers Saint Augustin.

Ta première planche, tu t’en souviens?

Oui je m’en souviens très bien ! C’était une World Industries qu’un ami m’avait prêtée et avec laquelle j’ai appris à rouler. Il y a eu quelques chutes au début bien sûr, mais on se focalise surtout sur les bons souvenirs que ça évoque, plutôt que les chutes, qui sont normales.

L’évolution du skate

En quoi le skateur des années 90 est il différent de celui de 2012?

Je ne pense pas qu’il y ait énormément de différences. J’ai juste l’impression qu’il y a davantage de skaters de nos jours et du coup plus de styles différents.

Quel est l’impact de la démocratisation du matériel photo/video numérique, Internet, les réseaux sociaux sur le skate et les skateurs ?

Un très fort impact ! La plupart des jeunes skaters ont envie de montrer ce qu’ils savent faire, de se comparer aux vidéos des skaters pros et ça leur donne une forte motivation. C ela leur permet également de rechercher et découvrir de nouveaux spots, de devenir plus créatifs, et surtout, cela permet de faire partager des vidéos très facilement, avec les skaters du monde entier. C’est finalement le même principe que pour tous les arts: ces nouveaux moyens de communication permettent de se faire connaître, de partager des contenus beaucoup plus rapidement et facilement.

Les spots

Quels sont tes spots actuels de prédilection à Bordeaux?

Je vis maintenant à Paris depuis 1 an et demi, mais les spots que je fréquentais le plus régulièrement étaient le Palais de Justice et le Grand Théâtre. 2 coins très sympas pour skater mais hélas, la dernière fois que je suis revenu à Bordeaux, il était impossible de skater là-bas. Ces lieux sont maintenant beaucoup plus prisés des touristes, au détriment des skaters.

As tu pratiqué ailleurs dans le monde ? Quelles villes ou spots t’ont particulièrement marqué ?

Oui: à Saint Sebastien, à Madrid, Milan et Berlin… Mais ces villes ne m’ont pas autant marqué que Paris, qui se révèle être une ville particulièrement bien fournie en spots et en trottoirs où l’on peut rouler, ce qui est un point important. Mais au final, je n’ai pas un parcours “international” très fourni. Lorsque je voyage, ce n’est pas forcément pour pratiquer.

La ville de Bordeaux et le skate

Comment ont évolué les rapports entre les institutions, le grand public et la communauté skate ?

C’est mitigé, les rapports sont assez flous… Comme je te le disais précédemment, lors de mon dernier passage dans la ville, on ne pouvait plus skater aux alentours de nos spots favoris (Palais de Justice, Grand Théâtre…) car la police nous en empêchait ou le spot était anti-skaté. Pour certaines personnes, le skateur a Ces skateparks sont un alibi trouvé par les villes nous déplacer à un endroit où nous ne gêneront personne… Il faudrait idéalement que l’on puisse skater hors de ces endroits fermés et sur-fréquentés.encore une mauvaise image qui vient gêner le public et les touristes, qui fait du bruit et dégrade les murs et les monuments. Mais heureusement, on voit aussi énormément de gens qui s’arrêtent et nous regardent, qui viennent discuter avec nous, qui veulent savoir pourquoi on s’amuse autant. Comment la ville pourrait accompagner des skateurs ? Peut être justement en ne les accompagnant pas et en les laissant tranquilles. Il y a encore une emprise de la police sur les skaters qui ont le malheur d’aller rouler ailleurs que dans les infrastructures “officielles” prévues dans la ville. Ces skateparks sont un alibi trouvé par les villes nous déplacer à un endroit où nous ne gêneront personne… Il faudrait idéalement que l’on puisse skater hors de ces endroits fermés et sur-fréquentés.

Que penses tu de ce projet “Bordeaux Cité Skate”?

C’est un projet très intéressant. Le skate à Bordeaux a une belle histoire, qui évolue de plus en plus. En ce moment, avec les vidéos de Yoan Taillandier, et l’émergence de skaters comme Léo Valls et Masaki Ui, le skate bordelais bénéficie d’une visibilité plus importante sur le plan international, je pense notamment au Japon et aux Etats-Unis.

 

Matias © Tura

Matias © Tura

 

Musique

Quelles sont les évolutions des bandes son de vidéos de skate en général?

L’évolution a évidemment suivi celle de la musique elle même, mais alors qu’avant, en généralisant, les vidéos étaient connotées soit dans le courant “hip hop” soit dans le courant “rock” et on faisait skater quelqu’un au style hip hop sur du hip hop, et de même pour le rock. Mais en marge de ces vidéos où l’ambiance musicale n’était pas forcement cohérente de part en part, certaines vidéos dégagent une atmosphère unique. Je pense par exemple à la Photosynthesis d’Alien Workshop, qui est pour moi une vidéo de référence, ou les vidéos des collectifs Japonais Fatbros ou Tightbooth. Le lien se renforce de plus en plus entre les vidéos de skate et les choix musicaux qui doivent être cohérents entre eux.

Le projet « Minuit »

Comment as tu travaillé avec Yoan pour composer la musique de Minuit ?

Nous en avons beaucoup discuté avant le montage du film, nous avons écouté ensemble beaucoup de morceaux qu’il aimait afin de comprendre ses attentes, et de mon côté je lui ai fait écouter des morceaux également, des parties rythmiques puis au fur et à mesure du montage, il m’envoyait différentes parties pour que je puisse y déceler une ambiance, un style et ainsi composer une musique qui serait en totale adéquation. Hugues Chalandre ( «KICKS» ) et Sebastien Daurel ont également participé de leurs compositions.

 

Tu composes à partir des vidéos ? Ou bien vous aviez déjà en tête le type de bande son avant de faire les vidéos ?

La bande son n’était pas pré-établie. L’idée était de créer une ambiance. J’ai choisi la manière dont j’allais tourner l’intégralité des musiques pour Minuit afin de rester dans cette ambiance. A partir du moment où un morceau nous plaisait à tous les deux, je savais qu’il respecterait l’ambiance du film.A partir du moment où un morceau nous plaisait à tous les deux, je savais qu’il respecterait l’ambiance du film. Je pense notamment à la musique du teaser, et dès que j’ai su que cette musique correspondait à l’ambiance recherchée par Yoan, j’ai composé la suite en essayant d’être le plus fidèle à ça.

 

Les musiques sont elles choisies en fonction des skateurs ?

Non, pas vraiment. C’est plus en fonction des parts du film. Chaque skater a sa propre part, ce qui m’a permis d’y incorporer une ambiance spécifique à chaque fois. Le choix de l’ambiance musicale est plus lié à la part elle même, qu’au skater qui l’exécute.

Quel est le but, la finalité de “Minuit” ?

Le moteur de ce projet était tout simplement de montrer ce qu’on aime, et ce qu’on sait faire… Ca rejoint les motivations de n’importe quel artiste ou n’importe quel sportif: montrer ce qu’il fait et la manière dont il le fait, faire partager sa passion au plus grand nombre de personnes pour créer du lien, du dialogue autour du thème choisi, le skate en l’occurrence.

Y’a-t-il une raison au fait que le film ait été tourné de nuit ?

La raison principale, c’est qu’on faisait du skate essentiellement la nuit, et au fur et à mesure que l’on mettait bout à bout les séquences filmées par Yoan, il en ressortait très régulièrement des séquences de nuit. D’autre part, on avait le souhait de créer quelque chose d’un peu différent de ce qui se fait d’habitude, avec une ambiance particulière. Il y avait à la base une vraie charte graphique, une vraie charte musicale, et on pouvait faire quelque chose de vraiment intéressant autour de cette idée.

 

De la même manière, y’a-t-il un lien entre le tournage nocturne et les choix musicaux ?

Bien sûr ! Il fallait que les musiques que j’ai composées entretiennent cette atmosphère sombre, un peu tribale, et correspondent aux séquences filmées de nuit. Il ne fallait pas qu’on se sente sous le soleil Californien pendant la vidéo.

 

Quelles sont tes inspirations musicales personnelles ?

retranscrire une ambiance donnée dans une vidéo de skate, sans que la musique ne prenne le pas sur le contenu.M : Dans le monde du skate, je dirais Mister Dibbs, qui a fait la musique de photosynthesis, OPSB, Ray Barbee, Tommy Guerrero… tous ces gens arrivent très bien à retranscrire une ambiance donnée dans une vidéo de skate, sans que la musique ne prenne le pas sur le contenu. Ils sont très intéressants à ce niveau: il y a beaucoup de variations dans leur musique, qui permet de bien coller aux changements de tricks, de lieux, d’images… Hors skate, mes gouts sont variés. J’ai écouté beaucoup de hip hop, que ce soit américain ou français, beaucoup de jazz, de funk, d’électro instrumentale… Pour te citer quelques noms qui m’ont beaucoup influencé je dirais George Benson, Ernest Ranglin, Mount Kimbie, People Under the Stairs …

 

Quels sont tes projets futurs en lien avec la musique et le skate ?

«Meanwhile», une vidéo promo Minuit faite avec yoan en ce début d’année ( yoantaillandier.com ), vient de sortir (NDLR: cette interview a été faite au mois de février). Elle a été diffusée à Riot en avant première dernièrement. J’aimerais beaucoup aussi faire de la musique pour des documentaires, on est d’ailleurs, Léo, Yoan et moi sur un projet de documentaire qui se ferait au Japon. D’autre part, j’ai été contacté par un réalisateur américain, qui souhaite faire une série sur la vie d’un skateur qui se balade à travers le monde: Etats Unis, Amérique Latine, Europe, Asie… Avec une musique différente par ville où il passe. Normalement je devrais faire la musique du pilote. Un gros projet ! Ca c’est pour la suite proche. Pour l’avenir plus lointain, j’aimerais continuer à être compositeur de musiques de vidéos mais pas forcément sur le thème du skate, j’aimerais me diversifier sur des documentaires ou des films qui n’ont pas de rapport avec le skate.

 

Merci Matias d’avoir bien voulu répondre à ces questions, c’était très sympa ! On te souhaite plein de bonnes choses pour l’avenir !

Merci à toi, c’était cool !

 

Quelques liens conseillés par Matias

– Ray Barbee :

– OPSB :

 

– Underground Broadcasting :

 

Musique de Matias

Découvrez la musique de Matias sur son site 

Interview réalisée par Anthony Desruelles (EFAP)