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Sebastien Daurel

Skateur, artiste et DIY: un grand passionné

 

Skateur pro, ancien champion de France et vice-champion d’Europe,: voici Sébastien Daurel. Encore une fois l’occasion de vous montrer que le skateur n’est pas un simple sportif, mais un créatif et un visionnaire. Rencontre avec ce personnage ambivalent à la Caserne  Niel à Bordeaux… Avant de vous laisser découvrir le superbe portrait vidéo réalisé par Doug Guillot. 

Sébastien Daurel, parle nous de tes  premiers pas en tant que skateur 

 SD: J’ai commencé le skate, il y a 22 ans, devant chez moi et c’est devenu ma passion. Puis, j’ai beaucoup voyagé. J’ai traversé toute l’Europe  et je suis allé au Canada, en Malaisie, au Népal et en Corée. Et, c’est là que le skate m’a beaucoup appris. J’ai eu la possibilité de rencontrer des personnes et des cultures différentes. Les pays qui m’ont le plus marqué restent la Corée et le Japon pour l’architecture riche qu’elles offrent au skate, et le Népal pour son folklore et sa culture.

 Depuis la genèse du skate dans les années 1970, on voit beaucoup de skateur/ artiste. Etre skateur c’est aussi être systématiquement un artiste ?

SD: Le skateur n’est pas considéré directement comme un artiste mais à partir du moment où il fait du skate, c’est foutu. Il est contaminé.

Le fait de pratiquer le skate, c’est un peu entre ces deux domaines ; le sport et l’art.C’est  un milieu différent. Par exemple,  au niveau du foot,  il n’y a pas de style particulier en termes de mode ou d’arts graphiques, juste des recherches essentiellement techniques. Le fait de pratiquer le skate, c’est un peu entre ces deux domaines ; le sport et l’art. L’art est une expression et dans le skate il y a beaucoup de recherche au niveau de la créativité, des figures, des mouvements, et du style. Le skateur, essaie toujours de s’habiller différemment, de lancer des modes, de les inverser. Et, dès qu’une majeure partie de la population a adopté ce style ; il change et réinvente. D’ailleurs les skateurs sont la source de toutes les modes que l’on voit aujourd’hui dans le surf.


Donc, le skate influence une grande partie de tes créations ?

SD: Oui, le skate influence. C’est un moyen de dépassement. La culture et  tous les arts graphiques apportées par le skate se sont énormément développés. Il existe une importante influence d’un point de vue graphique dans la photographie, les planches. La preuve la plus évidente: toutes les boards de skate possèdent un dessin, des motifs propres et différents. Énormément d’artistes font des skates et sont reconnus. C’est un bouillon de culture.


Quels sujets te tiennent particulièrement à cœur, et sont le fruit de tes créations ?

SD: Ce qui m’inspire le plus, c’est la nature et tout ce qui en est proche.  Le skate est beaucoup influencé par la culture américaine et sa manière de penser.  Mais ce qui me semble le plus légitime aujourd’hui,  c’est de revendiquer  l’identité française, son savoir faire, notamment concernant le recyclage pour créer des planches,  des skates parks… Ce sont des choses à faire dans le milieu du skate et très peu de gens le font.  Il faut qu’on échange et qu’on communique autour de ces thèmes.


Comment as tu commencé à mettre en avant ce savoir faire lié au recyclage ?

SD: En 2009,  je travaillais dans un magasin  qui avait un stock de planches abimées mais réutilisables. Au lieu de racheter des planches neuves, j’ai eu l’idée de restaurer ces planches et de les recouper dans un style « old school ». En recyclant, ces boards, je leur est donné une deuxième vie.  Puis j’ai contacté Nils Inne, skateur et artiste, pour dessiner sur les planches.

Suite à ce travail, on a monté deux expositions « Seb et Nils » à Paris. Cette aventure nous a beaucoup motivés. Nils dans sa création graphique et  moi pour des actions autour du thème du recyclable.

Quels sont tes nouveaux projets qui traduisent ce soucis  pour l’environnement?

Chantier du nouveau bowl de Sébastien Daurel - photo © Estelle Petit

Chantier du nouveau bowl de Sébastien Daurel - photo © Estelle Petit

SD: Je devais créer un skate park écolo pour la commune de Bègles  mais le projet n’a pas abouti. Je travaille aussi sur le projet Darwin Brigade avec l’association « La 58ème » qui met en avant les arts urbains. Avec ce projet, on est à la fois dans une dynamique écologique et sociale. Tous le monde peut participer et échanger. Avec d’autres skateurs, on travaille sur la construction d’un bowl «  Ying Yang » à la caserne Niel. Ce sont deux piscines  imbriquées les unes dans les autres dans un même cercle. Concernant le recyclage, on  a utilisé d’anciennes tuiles pour construire cette structure. Vu de haut, ça représente le ying et le yang, c’est-à-dire l’homme et la femme. Il y a une certaine connotation spirituelle dans ce bowl. Ce sont deux parties distinctes  qui n’en forme qu’une.


Il y a un autre projet important sur la caserne. On monte une “Vert” depuis début février. Il faut savoir que cela fait 20 ans qu’il n’y a pas eu de Vert (NDLR: une rampe verticale de près de 4 m de haut)  à Bordeaux. C’était au Trophée de Bordeaux au stade Alfred Daney en 1989, sous l’impulsion de Jim, tous les gars de l’Union Saint-Bruno, Franck Savouret, Emmanuelle Freyssenge… Mon père  aussi qui travaillait à la Fédé, et plein d’autres.


Il faut savoir que cela fait 20 ans qu’il n’y a pas eu de « Vert » à Bordeaux. C’était au Trophée de Bordeaux au stade Alfred Daney en 1989Ce sont ces personnes qui nous ont montré comment faire. Il y a au niveau du skate une vraie culture de la transmission du savoir-faire sur la construction de skate parks. Il n’y a pas d’école ou de formation pour apprendre à construire une rampe, ce sont vraiment des choses qui s’apprennent sur le terrain, des passations entre générations. Tous les gars qui nous aident aujourd’hui à Darwin apprennent, et ce seront eux qui bâtiront les prochains skate parks, les spots “DIY”. C’est l’avenir du skate.


Que penses tu  du  projet  « Bordeaux Cité Skate » ? Vas tu  y participer ?

SD: Oui, je vais y participer, au niveau de la création. On va faire une rampe. Elle sera temporairement Place Pey Berland puis à la caserne  Niel.

Pour le projet, j’espère que  tout va bien se dérouler. En tout cas, ca permet à  Bordeaux de mettre en avant à la fois le skate et la ville. Je trouve que c’est un pas en avant, que la mairie reconnaisse le skate. Ce rapport entre les institutions publiques et le skate évolue car il commence à être reconnu et à être assimilé  comme un sport à part entière. Et c’est aussi sa dimension culturelle qui est reconnue et valorisée à travers ce projet.

Selon toi, comment la ville pourrait-elle accompagner le développement du skate ?

Comme la ville s’adapte aux cyclistes, on voudrait aussi qu’elle s’adapte aux skateurs.Principalement, en l’adaptant et en s’adaptant à la pratique du skate. Il faudrait qu’il y est plus d’endroits consacrés au skate ou des infrastructures sur les places de la ville. Ca pourrait se traduire par l’installation de rampes sur les pistes cyclable. Pour le développer il faudrait  qu’on possède plus de droits.  Le skate, c’est un moyen pratique de  locomotion,  et écologique qui est de plus en plus de  pratiqué. Comme la ville s’adapte aux cyclistes, on voudrait aussi qu’elle s’adapte aux skateurs.

Interview réalisée par Estelle Petit, Charlotte Lamy et Eve Mailho.