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Invité – Greg Poissonnier, rider polyvalent

 

Greg Poissonnier en Backside Air © Jean Dolhats
39 ans
Originaire de Paris, puis Pau, vit à Hossegor.
Snowboarder pro de 1996 à 2004, skateur & surfeur
Co-Fondateur de la marque COLLAPSe skateboards (www.facebook.com/collapse.skateboards)

Tes débuts en skate ? 
En juillet 85, j’emménage à Pau. Je fais déjà du BMX et je vais au lycée où il y a une piste de qualité internationale juste en face. Mais le BMX s’essouffle, les compét’ ne sont plus que départementales, il n’y a plus que 2 pistes et les mêmes pilotes sont les mêmes tous les week-ends.
A la même époque, c’est le plein boom du skate, et pendant un voyage scolaire à Londres, à Southbank, je vois un mec monter 3 marches sans les pieds attachés à sa planche et un autre rouler sur un mur !!!! j’hallucine…. c’est le début du skate pour moi.
Naturellement le skate m’amène au snowboard…
En 91, je passe un diplôme de skiman et je postule dans un seul shop, à Avoriaz, parce que c’est la seule station à avoir un Pipe. Dès ma 2ème saison je bosse chez Street Trash, LE skate/snow shop de la station, je bosse le matin et l’après-midi, ils me donnent du matériel pour rider. En 95-96, je décroche mon premier vrai contrat financier (avec Original Sin snowboards) ce qui me permet de rider à plein temps.
Je commence à voyager beaucoup, et je ne pars jamais sans mon skate. C’est aussi grâce au snow que je rencontre les meilleurs skaters de l’époque, comme Seb Daurel, qui finira par être mon room mate à Avoriaz.

En fait, en vivant à Pau, avec la piste de BMX proche de chez moi, la chaine des Pyrénées depuis mon balcon et la plage en moins de 1h30, j’ai eu accès à tous les board sports, ce qui a clairement joué dans la suite de mon parcours.

Et 2004, j’arrête le snow, je deviens team manager chez Globe, puis Marketing manager chez Gravis et Analog, jusqu’à aujourd’hui.
Je travaille maintenant sur une marque de planches, cOLLAPSe, je m’occupe de la prod’ et du marketing et je suis associé avec un designer, Boul Rostan. C’est cool de pouvoir rider ses propres planches, avec ses design, et surtout d’aider des riders, comme Matt Debauché et George Poole.

Comment vois tu l’évolution du skate depuis 20 ans? et du skater ?
Déjà en terme de pratique. En 86, la discipline reine, c’était la rampe, on en rêvait tous mais il n’y en avait pas tant que ça. Et puis le street s’est imposé, certainement pour des raisons d’accessibilité et c’est devenu la discipline principale.

Le matériel, et notamment le shape des planches, a aussi évolué : les planches aujourd’hui sont plus étroites, avec un nose (et un tail) et des roues plus petites, mais au fond, ça reste du bois, un bout d’érable !

Ce qui se fait aujourd’hui était impensable il y a 20 ansCe qui a vraiment changé, c’est le niveau technique. Ce qui se fait aujourd’hui était impensable il y a 20 ans. De tous les sports de « planche », je pense que le skate est celui qui a le plus évolué et qui continue. Tous les jours, je regarde sur internet, et j’hallucine de voir soit de nouveaux tricks, soit de nouvelles façons de les passer : en switch par exemple, ou sur des nouveaux spots. En fait, la créativité et la diversité des spots font qu’il n’y aura certainement jamais de limites en skate.

En snow, le sport a évolué aussi mais avec une nuance. Au départ, le snow avait pour but de dupliquer le skate à la neige mais l’évolution était limitée par le fait d’avoir les pieds attachés. L’évolution du shape des Pipe a permis aux riders de compenser par la complexité des rotations et la hauteur.

En fait, la créativité et la diversité des spots font qu’il n’y aura certainement jamais de limites en skate.

Pour ce qui est des skaters, il y a aussi quelques variantes depuis 20 ans. En 87, un mec dans la rue qui portait des Vans, c’était forcément un skateur et un pote potentiel, ce qui donnait un côté « reconnaissance », alors qu’aujourd’hui, ces codes vestimentaires sont généralisés.

On a toujours aussi les mêmes motivations pour se mettre au skate, ou continuer : c’est facile d’accès et tu peux pratiquer partout. Par contre, je trouve aujourd’hui qu’il y a une « starisation » du sport, tous les kids veulent être sponsorisés. C’est dû à la fois au développement du sport et de l’industrie et d’internet, ça permet aux kids en France et en Europe de voir que c’est possible, comme dans le cas de Lucas Puig, qui vient de Toulouse et qui fait partie de la scène internationale…

 

On avait aussi en commun d’être dans le collimateur des gens, catalogués un peu comme des voyous, on avait des problèmes à cause du bruit, des traces sur les spots.
Ca n’a pas trop changé de ce point de vue là. On est toujours confrontés au regard des autres, mais de façon moins marquée. On doit toujours gérer le problème du bruit, du partage de l’espace public mais le skate s’est bien démocratisé, il y a maintenant des écoles, avec un BE. Aux yeux des parents, ce n’est plus un sport de marginal, même s’il y a toujours un peu une image rebelle, certainement parce qu’il n’y a toujours pas de circuits de compétitions aussi structurés que dans les autres sports.
Par contre, je trouve qu’aujourd’hui, c’est plus facile d’expliquer et faire comprendre aux gens ce qu’on fait, de montrer que derrière ce qui semble une nuisance publique, il y a des vrais performances sportives, qui peuvent avoir un intérêt pour les médias, ou générer du business.

L’impact d’internet dans l’évolution du skate ?
Il est évident. J’ai acheté mon premier mag, un Thrasher, en voyage scolaire à Londres, mais sur le papier, c’est plus compliqué de comprendre comment passer un trick comme sur une vidéo ; mais là, pareil, on avait une seule vidéo, qu’on passait en boucle jusqu’à la sortie de la suivante. Internet, où les kids ont accès à un stock illimité d’images, a un coté didactique inestimable. Les kids voient ce qui est possible de faire, à la fois en technique et en opportunités, il peuvent découvrir de nouvelles façons de rider, des nouveaux spots, ou des nouveaux skaters.

Bien sûr il y a aussi un intérêt en terme d’exposition du sport et des skaters. Internet facilite l’accès au sport, ça permet à des kids de se faire repérer, et d’un point de vue marketing, ça permet de découvrir des talents qui ne sont pas dans les circuits traditionnels. Comme le cas de Chippa Wilson en surf… il était charpentier en Australie il y a 3 ans de ça, ne fait pas vraiment de compétitions, mais son pote réalisateur, Riley Blakeway filme toutes ses sessions, les monte avec un coté un peu arty (d’ailleurs je trouve qu’il a apporté une touche skate au surf) et d’un coup, ses vidéos sont vus par des milliers de gens. Et il se fait connaître, il est pro aujourd’hui, ce qui était improbable au départ.

Internet a aussi permis de trouver une nouvelle distribution pour les images. Comme Shane O’Neill qui a tourné une part’ exclusive et l’a vendu sur ITunes. C’est un cas exceptionnel mais il a quand même fait plus de 35 000 dollars avec … En même temps, il y a toujours aussi des gros projets qui sortent en DVD et qui ont un impact fort.
Parce que c’est sûr que d’un autre coté, internet a un peu enlevé du coté « attente » de la vidéo, c’est de la consommation rapide mais dans l’ensemble, je ne vois que du positif à internet.
C’est une bonne plateforme pour les kids, ça apporte de la cohésion, et surtout de la créativité. Avec l’explosion des plateformes d’un coté, et le développement du matériel (comme la GoPro), tu vois aujourd’hui des projets qui ne pouvaient pas exister avant Internet. Comme le cas de Yoan Taillandier, un Bordelais justement. Son projet Minuit, filmé quasi uniquement au fisheye de nuit, super créatif et rythmé, il n’est pas limité en terme d’exposition… tu auras des mecs au Brésil, à NY ou SF qui vont adhérer à son travail et aux style des skaters qui figurent dans le film.

Des souvenirs liés à Bordeaux ?
Déjà, la toute première vidéo de skate que j’ai eu, c’était un enregistrement de l’émission « Génération Sensations », présentée par Julien Courbet, sur FR3 Aquitaine et tournée au stade Alfred Daney avec Seb Daurel qui ridait sur une mini en commentant un run classique de compét avec un micro !!!

 

Après, c’est toujours Seb, à Hossegor, qui ridait la vert’ près du port habillé en Batman pendant le contest Kookabura ! Et puis des mecs comme Vincent « Bilou » Cassarangue qui était venu inaugurer le park de Pau. En fait, Roland (le patron du Rock Food) était parti aux US et il avait bossé au shop de Mike Mc Gill, Je sais pas comment mais il était revenu avec les plans du skate park de Mc Gill et il avait fait construire une réplique par un artisan du coin qui avait changé toutes les cotes …. Mais bon, Cassarangue, ça l’avait pas dérangé les 20cm de vert en haut de la rampe de 2m….

Et plus tard, des spots comme Mériadeck ou Malraux, la rencontre avec tous les skaters de l’époque comme Seb Daurel, Serge de Freitas. Ce qui est fou, c’est que sortant de Pau, et étant passé par le snow, j’ai pu rencontrer et skater avec les meilleurs skaters Français de l’époque.

Aujourd’hui, je pense que Bordeaux est devenue la capitale du skate en France, la scène est hyper vivante, il y a des évènements comme l’Evento qui sont vraiment novateurs. Et la ville investit aussi pas mal, le skatepark est bien placé, bien sûr on pourrait débattre sur les modules mais dans l’ensemble c’est un bel endroit, la caserne Niel aussi qui va devenir un espace créatif, avec Seb aux commandes, ça ne pourra être que bien !
Malgré les commentaires que j’ai pu lire, je pense que les choses vont dans le sens du skate à Bordeaux, en tous cas, davantage que dans d’autres villes…

Des recommendations pour l’aménagement d’une ville par rapport au skate ?

je pense que c’est en effet une question d’aménagement et de partage d’espace. L’architecture urbaine doit être pensée pour intégrer le skate.

Bon moi à mon âge, et au risque de me faire siffler, un beau skate park me suffit, avec tout ce qu’il faut dedans ! Mais dans une vision plus globale, je pense que c’est en effet une question d’aménagement et de partage d’espace. L’architecture urbaine doit être pensée pour intégrer le skate.
C’est ce qui a été fait dans une ville de la région parisienne, avec une piste cyclable et piétonne où la pratique du skate est tolérée, les murets ont été recouverts d’ornières métalliques. Ou comme à St Jean de Luz, tu as un quartier avec un parc, un terrain de jeu, et des plans inclinés un peu partout dans les allées. Et la pratique est libre de midi à 21h, du coup, les personnes partagent l’espace, il n’y a pas de problèmes parce que c’est annoncé, et tout le monde est gagnant, il y a un respect mutuel, pas de stigmatisation qui entraine le rejet, et les gens peuvent aussi découvrir un sport, des performances, l’esthétique du sport. Je ne peux toujours pas croire que les gens ne voient pas la même chose que moi quand un mec skate, comme ce que j’ai ressenti à Southbank quand j’étais gamin ….
Interview réalisée par Christel Dupiellet


Christel Dupiellet13 ans de passion pour le secteur glisse et un regard pétillant et aiguisé sur cette grande famille: Christel a spontanément proposé de réaliser des interviews de personnalités du skate. Un soutien précieux pour Bordeaux Cité Skate!